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La Chine joue la hausse du fer

La Chine joue la hausse du fer

La Chine joue la hausse du fer. par Camille-Yihua Chen Pénurie de fer en Chine et dépendance aux importations Nul doute que la Chine a d'énormes besoins en minerai de fer. Certes, la production nationale est régulièrement en forte hausse -- elle est passée de 250 millions de tonnes (Mt) en 1994 à 800 Mt en 2007 --, mais les besoins du pays imposent d'en importer encore 50% de plus, soit plus de 400 Mt par an. Or pour tenter de réduire le prix à l'importation lors de leur négociation annuelle face à des producteurs en position d'oligopole comme CVRD et BHP Billiton, les sidérurgistes chinois ne disposent que d'une très faible marge de manoeuvre. Pour mémoire, quand le prix du minerai de fer a été à son plus haut niveau historique (200 $/tonne, contre 83 $/tonne actuellement), les Chinois n'ont pas eu d'autre choix pour combler leurs stocks : accepter de payer au prix fort les importations indispensables. Plan de relance sidérurgique Au déséquilibre chronique entre une offre déficiente et une demande soutenue est venue s'ajouter depuis septembre dernier une nouvelle donnée : la dégradation de la situation du secteur sidérurgique chinois. Rappelons au passage qu'en Chine, l'industrie sidérurgique est vitale non seulement pour l'industrialisation et l'urbanisation du pays, mais aussi pour préserver des millions d'emplois. Or selon le site d'information Xinhua, "depuis le second semestre 2008, le prix de l'acier a chuté de 40%". Face à la gravité de la situation, Pékin a rapidement réagi en lançant le 14 janvier 2009 un plan de relance de la sidérurgie. L'objectif est double : sauver à tout prix un pan entier de l'économie chinoise, et accélérer la restructuration d'un secteur qui, avec environ 1 000 producteurs se livrant depuis des années à une concurrence acharnée, est trop atomisé et peu rentable. En clair, la Chine veut tout mettre en oeuvre pour redynamiser son industrie sidérurgique. Ce qui va continuer à stimuler sa demande en minerai de fer -- matière, comme vous le savez, indispensable à la fabrication d'acier. Voilà pourquoi la Chine passe en "mode attaque". La Chine rachète massivement des producteurs de minerai de fer Vous le savez, depuis quelque temps, la Chine ne cesse de multiplier les opérations de rachats de sociétés minières australiennes. Sa stratégie est claire : profiter de la crise pour acquérir à bon prix une partie des actifs des meilleurs producteurs miniers d'Australie, ce qui lui permettra de garantir à long terme son approvisionnement en matières premières. A y regarder de près, la majorité des opérations de rachats ont pour cibles les producteurs de minerai de fer australiens. En témoigne les opérations les plus récentes : - Le 17 décembre 2008, le sixième sidérurgiste chinois Shougang Group a pris le contrôle de Mount Gibson Iron Ltd, société minière australienne dotée d'une capacité de production annuelle de sept millions de tonnes de minerai de fer. - Le 8 février 2009, Anshan Iron & Steel Group Corporation (l'un des trois premiers sidérurgistes chinois) a porté à 36,28% sa participation dans Gindalbie Metals Ltd, société minière australienne cotée en Bourse. Le contrat de rachat prévoit une production de 10 millions de tonnes de minerai de fer par an. - Le 12 février, le groupe d'aluminium chinois Chinalco s'est accaparé 18% du capital de Rio Tinto, premier producteur mondial d'aluminium anglo-australien. Parmi les actifs achetés figure l'Australien Hamersley, l'un des principaux producteurs mondiaux de minerai de fer. - Depuis le 19 février, le fonds souverain China Investment Corporation (CIC) négocie avec Fortescue Metals Groups (FMG), troisième producteur de minerai de fer d'Australie et quatrième sur le plan mondial. Leur contrat porte sur une production de minerai de fer de 45 millions de tonnes par an pendant 10 ans. Pour rappel, FMG avait déjà conclu des contrats de vente de minerai de fer à long terme avec les 10 premiers groupes sidérurgistes chinois : Baosteel, Wusteel... Agir avant que les prix remontent L'Empire du Milieu a les moyens de ses ambitions. Ses 2 000 milliards de réserves de change sont là pour en attester. Toute la question pour lui est de savoir comment utiliser au mieux ses liquidités... Question à laquelle la crise vient d'apporter une réponse appropriée : acquérir les actifs miniers autrefois inaccessibles à des prix défiant toute concurrence. Mais surtout, en agissant de la sorte, la Chine se protège contre une remontée du prix du minerai de fer, qu'elle juge inévitable. A bon entendeur...

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dimanche 29 mars 2009

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