La demande d’acier s’essouffle
La demande d’acier s’essouffle. L’industrie sidérurgique doit faire face à trois phénomènes majeurs : ralentissement économique, surcapacités et inflation du prix des matières premières. Début mai, la World Steel Association (Association internationale de l’acier) prévoyait qu’en 2011, la consommation d’acier à l’échelle mondiale devrait grimper de 5,9%, pour atteindre 1,359 milliard de tonnes. L’association reconnaît toutefois que ses prévisions sont fondées sur un scénario de reprise « stable et continue de l’économie mondiale« . Or, depuis quelque temps se multiplient les alertes sur la croissance : risques souverains en Europe, médiocrité des indicateurs aux Etats-Unis, recul de l’activité manufacturière en Chine et en Inde, guerres civiles au Moyen-Orient. Tout cela pourrait avoir des incidences négatives sur la reprise, et donc sur la demande d’acier. L’activité économique pourra-t-elle absorber l’excédent d’offre ? Plusieurs sources révèlent que, poussés par les perspectives de croissance de la demande, de nombreux pays ont augmenté leurs capacités de production. A commencer par la Chine, à laquelle l’Inde et les pays d’Amérique latine ont emboîté le pas. D’après MEPS, cabinet de conseil spécialisé en sidérurgie, la production mondiale d’acier pourrait atteindre en 2011 le record historique de 1,53 milliard de tonnes, soit 8% de plus qu’en 2010. Faut-il s’en réjouir ? Certainement pas. Selon nos sources – émanant de l’empire du Milieu, qui représente environ 46% de la production mondiale d’acier –, Pékin s’inquiète de la « forte production » des sidérurgistes locaux. Le quotidien économique Jingji Cankao Bao constate : « En avril, la production quotidienne d’acier a atteint un nouveau record de 1,98 million de tonnes. A ce rythme, la production annuelle devrait dépasser les 720 millions de tonnes, ce qui risque d’aggraver une situation déjà préoccupante où l’offre excède la demande. » Sans avancer de chiffres, l’Association chinoise du fer et de l’acier (CISA) estime, pour sa part, que « les stocks sont restés à un niveau élevé » et que « les surcapacités devraient se maintenir pendant un certain temps« . Une difficulté à répercuter la hausse des coûts sur les prix des produits Plus inquiétant encore : la majorité des aciéristes chinois n’ont engrangé que très peu de bénéfices sur leurs ventes, du fait de la hausse des coûts de production liée à l’envolée des prix du minerai de fer et du niveau toujours élevé des prix du charbon à coke. Or, dans un contexte de ralentissement économique et de restriction monétaire, il est de plus en plus difficile de répercuter la hausse des coûts sur les prix des produits. D’un autre côté, les aciéristes hésitent à baisser leurs prix, par crainte de se retrouver déficitaires. Par Camille-Yihua Chen
