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La sidérurgie européenne reste convalescente

La sidérurgie européenne reste convalescente

La sidérurgie européenne reste convalescente. par Daniel Krajka Jeroen Vermeij, directeur analyses marchés et études économiques d’Eurofer. Bernhard Kohl, directeur technique et environnement a fourni les réponses concernant les questions environnementales. Le pire est-il passé pour la sidérurgie européenne ? La faible activité des industries utilisatrices d’acier et le brutal déstockage tout au long de la chaine logistique ont entrainé sur un an une chute de la demande d’acier (consommation apparente) de 45 % lors du premier semestre 2009. Le cycle de la sidérurgie européenne a touché son point bas durant l’été, lorsque les conditions commencèrent à s’améliorer pour les industries utilisatrices d’acier, soutenu par un rebond des échanges internationaux (avant tout tiré par une demande chinoise en forte hausse) et les mesures de soutien des gouvernements de l’EU (telles les primes à la casse). La situation des stocks s’est en même temps améliorée, s’alignant sur un niveau de demande fortement réduit. Certains acheteurs sont prudemment revenus à l’achat afin de combler les trous de leurs stocks ; ce qui a conduit à un rebond des commandes pour les aciéries européennes. Mais leurs perspectives demeurent très fragiles, entourées d’incertitudes et de risques majoritairement à la baisse. L’augmentation du chômage va agir comme un frein à la croissance de la consommation en UE, alors que les perspectives d’investissement des entreprises demeurent faibles. Malgré le retour global des marchés financiers vers un équilibre fragile, l’offre de crédit est toujours un goulet. Si les opportunités à l’exportation s’améliorent, l’euro fort n’aide pas à la compétitivité des entreprises de la zone euro. Globalement, on peut attendre une amélioration graduelle de l’activité des industries utilisatrices d’acier lors des prochains trimestres. Toutefois, en raison d’un point de départ bas, la production en 2010 ne sera que légèrement supérieure à celle de 2009. Ceci implique que la consommation réelle d’acier (au niveau de l’utilisateur final) restera également faible. Pourtant, la consommation apparente d’acier augmentera en raison de l’effet positif du cycle de l’acier : contrairement au déstockage massif enregistré en 2009, l’impact du cycle de stockage sera modérément positif en 2010. Ce qui provoquera une reprise « technique » de la demande d’acier, avec une croissance attendue actuellement pour 2010 à 13-14%. A quel point la taxation du CO2 va-t-elle impacter la production d’acier en Europe ? L’impact ne peut être quantifié. Eurofer préfère un système d’échange de droits, basés sur un benchmark réalisable, à la fiscalité. La raison en est que la production d’acier, qui utilise le minerai de fer comme matière première, a forcément besoin du carbone et donc ne peut éviter de produire des émissions de CO2. Un système de benchmarking, basé sur les meilleures performances et leur applicabilité, mettra les objectifs à un niveau réalisable en investissant dans la technologie et les moyens de production. Les opérateurs auront donc le choix de réduire leurs émissions ou d’acheter des crédits carbone. Si le benchmark n’est pas réalisable, les coûts du CO2 seront subis, ce qui ne peut être évité. Il devient maintenant évident pour les sidérurgistes, exposés aux marchés globaux, que les coûts de CO2 impacteront négativement leur position compétitive au sein de l’Union européenne. Pourraient en résulter des transferts de production accompagnés de « fuites de CO2 ». Une taxe ne tiendra pas compte de la mise en œuvre de réduction d’émissions et devrait probablement imposer un coût CO2, déclenchant transferts de production et fuites. En cela une taxe est similaire à la mise aux enchères de droits selon un système d’échanges, et donc aucune des deux propositions n’est soutenue par Eurofer. La taxation ne serait préférable (en raison de la relative simplicité de sa gestion) que s’il n’y a pas accès à des quotas gratuits (ou alors très peu) ET si le risque de fuites était éliminé (un scénario très hypothétique). Seriez-vous intéressé par des accords mondiaux basé sur ces benchmarks ? Un accord de secteur devrait inclure un grands nombre de conditions afin d’éviter les transferts de production et les risques de fuites (voir les positions d’Eurofer). Eurofer estime donc qu’un accord de secteur est un instrument très contestable, avec l’important risque qu’il soit conclu et implémenté de manière très insatisfaisante. Eurofer soutient néanmoins la notion d’approche sectorielle (voir nos positions). La pré-condition de tout instrument global est l’existence de standards globaux utilisant une méthodologie harmonisée GhG (gaz à effets de serre). Pour cette raison, Eurofer s’est engagé dans le développement d’un standard CEN (centre européen de normalisation) en relation avec les normes d’évaluation GhG (qui pourrait se transformer par la suite en standard ISO) et d’un standard ISO spécifique à l’évaluation GHG (les deux ont différentes applications). La production de brames va-t-elle perdurer en Europe ? Estimez-vous possible que des brames, produites dans des aciéries à bas coûts proche des mines de fer, soient exportées vers l’Europe ? Les brames sont et continueront à être produites en Europe. Toutefois, en raison d’un environnement global volatil, il est très difficile d’évaluer les effets de nouveaux changements des politiques commerciales des sidérurgistes et l’impact qu’elles auront sur leur « product mix ». Pour le moment, les sidérurgistes sont encore focalisés sur la maximisation des liquidités, la réduction des coûts et l’utilisation la plus efficiente des ressources disponibles. Ces dernières années, dans toute l’Europe, les sidérurgistes ont investi dans des usines et des équipements destinés à augmenter dans leur offre la part des produits à valeur ajoutée pour les clients les plus exigeants, tels l’automobile, l’ingénierie, l’emballage, les équipements ménagers et la construction. L’exportation de brames vers l’Europe en provenance de pays-tiers est déjà entrée dans laréalité. Avec le nouveau complexe de ThyssenKrupp, qui doit entrer en production en 2010, les livraisons de brames destinées à être laminées et finies en Allemagne devraient commencer la même année. Ce qui augmentera le volume des exportations de brames vers l’Europe. Il faudra voir jusqu’à quel point les autres producteurs vont suivre cet exemple et commencer à s’approvisionner à l’étranger. Etes-vous inquiet de la vitesse de croissance de la production d’acier en Chine, en particulier si la demande ralentit dans ce pays ? Depuis 2003, les capacités de production ont augmenté en Chine à un rythme plus rapide que celui de sa consommation. Ce dont a résulté l’irrationnelle expansion des capacités et des excédents massifs (avant la crise elles étaient estimées à plus de 100 millions de tonnes). Les aides de l’Etat ont joué un rôle clé dans ce développement. Les aciéristes chinois n’opèrent pas dans un marché domestique compétitif, mais dépendent plutôt de leurs rapports étroits avec les administrations aux niveaux local, provincial ou central. De plus, la Chine ne dispose pas d’avantage compétitif authentique dans la production d’acier ; les structures des coûts et les prix de vente des sidérurgistes chinois ne reflètent pas les réalités et les pénuries du marché. En général les entreprises d’Etat de la sidérurgie opèrent à un niveau de coûts artificiellement déprimé. C’est pourquoi la Chine a été capable de se transformer d’importateur net en le plus important – et de loin – exportateur en 2007 et 2008 ; durant ces années, les exportations d’acier chinois vers l’Europe avaient en réalité des coûts supérieurs à ceux des producteurs européens livrant les marchés locaux. Les aciéristes chinois ont un clair désavantage au niveau des coûts lorsqu’ils tentent de vendre leurs produits sur les marchés européens. Pour autant, le gouvernement chinois a promu les exportations des aciéristes locaux sur une base très sélective. Les mesures de soutien incluent des rabais sur la TVA , sur les taxes à l’exportation et même sur les quotas à l’exportation (coke), qui peuvent être couplés à des réductions sur la fiscalité des revenus, les crédits préférentiels à l’export et des garanties assurées par la China Export Import Bank et autres institutions financières appartenant à l’Etat. En altérant la compétitivité coûts/prix des entreprises sidérurgique chinoises vis-à-vis des entreprises étrangères, les organisations gouvernementales chinoises interfèrent avec le fonctionnement du marché global. Bien que la crise financière globale ait également affecté les sidérurgistes chinois, le plan de stimulation de l’économie et l’accès facilité aux financements, la demande d’acier s’est fortement reprise et les capacités continuent d’augmenter. Et ce, en dépit de mesures gouvernementales destinées à les limiter. Ceci accroit le risque, quand la croissance de la demande d’acier en Chine commencera à ralentir, les aciéristes locaux devront trouver de nouveaux débouchés. Sans aucun doute, le marché ouvert de l’UE assurera ce débouché. Pourquoi s’opposer au joint-venture entre Rio Tinto et BHP Billiton en Western Australia ? Craignez-vous de vous retrouver face à un duopole ? Eurofer estime que la volonté de BHP Billiton et de Rio Tinto de créer un joint-venture dans le minerai de fer va sérieusement entraver la concurrence sur le marché du minerai de fer commercialisé par mer. Ce secteur est dominé par un oligopole composé de trois grands producteurs, Vale, Rio et BHP. Ensemble, ils représentent déjà 70 % de ce marché. S’il peut se réaliser, le JV éliminera la concurrence sur les paramètres fondamentalement concurrentiels du marché : prix, volume et qualité. La concurrence au niveau des prix sera minorée. A travers leur JV, BHP et Rio développeront une vision commune des équilibres entre la demande et l’offre et ne seront pas soumis à la pression de l’autre durant les négociations annuelles, quand prix et volumes sont fixés. La même conclusion pourra être tirée si un mécanisme de prix fixé par un indice est établi pour les contrats à long terme. La concurrence sur les volumes sera limitée. BHP et Rio auront chacun des productions identiques disponibles et une parfaite connaissance des volumes de l’autre. Plus significatif, la concurrence sur les volumes, en terme d’expansion des capacités, sera limitée en Western Australia et ailleurs. En Western Australia, la possibilité de développer en solo de vastes programmes d’expansion hors du JV ne sera pas une stratégie économiquement rationnelle pour les deux parties. En dehors de l’Australie, BHP et Rio n’auront aucun intérêt à développer leurs mines à haute teneur en Afrique de l’Ouest sur le long terme. La concurrence sur la qualité sera limitée. Le JV ne produira qu’un nombre restreint de types de mélanges. Une telle standardisation handicapera sérieusement la productivité des aciéries européennes, qui créent de la valeur à travers ces mélanges. Les effets anti-concurrence du JV se reflèteront rapidement dans les prix d’achat du minerai de fer et, en conséquence, dans les prix que les consommateurs de l’UE paieront pour les produits contenant de l’acier tels les automobiles, l’électroménager…

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mardi 8 décembre 2009

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