Le fer résiste à l'acier
Le fer résiste à l'acier. Alain Faujas Une belle partie de bras de fer est en cours entre les trois grands mineurs, le brésilien Vale et les australiens BHP Billiton et Rio Tinto, qui extraient 80 % du fer mondial, et les sidérurgistes conduits par le japonais Nippon Steel et le chinois Baosteel. Il s'agit de fixer les prix du minerai pour l'année commerciale 2009 commencée le 1er avril. Depuis quarante ans, tout le monde s'aligne sur le premier contrat signé entre un mineur et un sidérurgiste. Ce système original n'a pas empêché le prix du fer d'être multiplié par cinq en six ans. En 2008, Rio Tinto avait même pu imposer une hausse de 97 %. Les Chinois comptaient se refaire cette année. Ne sont-ils pas les premiers importateurs mondiaux de fer avec 444 millions de tonnes, ce qui leur donne des arguments ? Ensuite, la récession mondiale a fait chuter le prix spot (comptant) du minerai arrivé dans un port chinois de quelque 200 dollars (142 euros) au printemps 2008 à 67 dollars, jeudi 28 mai. Ils ont pris prétexte de cet effondrement pour réclamer 45 % de baisse à leurs fournisseurs, laissant entendre qu'ils pourraient ne plus signer de contrat annuel et se fournir sur le marché spot. Les mineurs ont fait la sourde oreille pour gagner du temps, espérant que des signes de reprise feraient repartir la demande de fer. Avec succès ! La Chine n'a pas pu cacher qu'elle reconstituait ses stocks de matières premières pour relancer son industrie. Rio Tinto en a profité pour signer, le 26 mai, avec Nippon Steel, un accord selon lequel une baisse de prix de 33 % était prévue, soit 72,50 dollars la tonne et 7 % de plus que le prix spot, en échange d'une sécurisation des livraisons. Voilà les Chinois bien embêtés. Ils ne peuvent se passer de fer pour redevenir "l'usine du monde", mais ils ont en face d'eux un front uni des mineurs qui jugent que la fin annoncée de la crise permet de leur tenir la dragée haute. Quelles solutions reste-t-il aux Chinois pour reprendre la main ? Se fournir sur le marché spot ? Mais celui-ci risque de remonter très vite avec l'arrivée des hirondelles messagères de reprise... Reste la solution de copier ArcelorMittal, qui contrôle 40 % de ses besoins en fer en entrant dans le capital de sociétés minières. Plus facile à dire qu'à faire, comme le prouve la saga du partenariat Chinalco-Rio Tinto, qui soulève l'opposition des actionnaires. Les mineurs sont donnés gagnants contre les Chinois à dix contre un.
